Les KAGENECK du Pays de Bade dans le monde de l’aristocratie allemande

Mes recherches sur ma branche alsacienne von KAGENECK m’amenaient souvent à un homme, August, ancien lieutenant de Panzers dans la Wehrmacht qui après guerre s’est concentré sur la réconciliation avec les français par le biais de ses ouvrages, notamment Examen de Conscience qui casse les codes de l’histoire enseignée sur les bancs du secondaire. Ses quatre frères, Clemens, Franz-Joseph, Fritz-Leo et Erbo ont tous participés au Second conflit mondial dans les rangs de la Wehrmacht et de la Luftwaffe, mais du fait de leur éducation chrétienne chez les jésuites, avec un père de l’ancienne armée impériale et proche collaborateur du Kaiser, avec une mère aimante et une « enfance dorée sur les bords de la Moselle », les cinq frères KAGENECK n’étaient pas national-socialiste. Clemens sauva des juifs proches de la famille d’un camp de concentration à la barbe des SS, Franz dira lors de ses conversations avec son ami du régiment, le Dr HAAPE, qu’il faudra « nettoyer, lors de notre retour au pays, pas mal d’écuries d’Augias… ». Le choix de l’armée c’était le choix de la neutralité, comme leur père dans la « Grande-muette » du temps de l’Empire. Mais la virginité douteuse de la Wehrmacht sur les crimes perpétués par les SS fait que leurs choix se transforma en une malédiction, d’être pour une grande majorité de personnes l’instrument de la barbarie nazie.

Cette branche badoise des von KAGENECK trouve son origine dans la résolution de la Guerre de Trente Ans (1618-1648) qui octroya à la France la majeure partie de l’Alsace. Je vous ai déjà parlé de Marie Jacobée, la sulfureuse femme de Colmar qui défraya la chronique avec ses multiples aventures avec des militaires français (cf. Histoires de la Branche KAGENECK), son oncle Hans Wilhelm est le fondateur de cette branche badoise.

Au service de Vienne

Second fils de Johann Friedrich von KAGENECK (°1561 – +1608), le conseiller de la famille de SCHWENDI et Grand-bailli de Hohenlandsberg et de Margueritte BOECKLIN von BOECKLINSAU (°ca 1565 – +1620) ; Hans Wilhelm est né à Kientzheim en 1590 et s’offre une carrière militaire au service des Habsbourg d’Alsace. Lorsque se termine la Guerre de Trente Ans, il décide de s’exiler de sa terre natale pour se réfugier dans le Pays de Bade, à Freiburg. D’ici il offre ses service au Kaiser de Vienne. Il décède le 7 janvier 1662 dans cette ville d’Outre-Rhin. Son fils Johann Friedrich (°1633 – +1705) devient ensuite un Conseiller impérial et est par la suite nommé Baron d’Empire « Reichfreiherr » par l’Empereur Leopold Ier en 1671. C’est pendant sa vie qu’il construit le château de la famille à Munzingen, près de Freiburg, ce château est toujours visible aujourd’hui et porte encore le blason des KAGENECK.

Le petit fils de Johann Friedrich, Friedrich Fridolin (°1707 – +1783) est devenu quant à lui Chambellan impérial, il est anobli par Joseph II, le 8 janvier 1771, « Graf », Comte d’Empire, c’est ce titre qui va accompagné tous les futurs membres de la famille. Friedrich Fridolin est devenu l’un des personnages centraux de la branche badoise, déjà il a accueilli à plusieurs reprises le Roi de France Louis XV dans sa demeure de Munzingen. La légende familiale raconte que ce dernier à séduit l’une des filles du Comte badois. Une autre fille de ce dernier, Maria Beatrix Aloysia (°1755 – +1828) s’est marié le 7 janvier 1771 à un certain Prince de METTERNICH-WINNEBURG. Oui, ma lointaine cousine badoise est la mère du premier chancelier autrichien, Klemens von METTERNICH. C’est à cette époque que la famille exilée d’Alsace acquiert de nombreuses propriétés dans le Pays de Bade ainsi qu’en Autriche, les descendants deviennent de fins fonctionnaires de l’Empire, des Chevalier de Malte ainsi que des ecclésiastiques. Après la naissance de l’Empire allemand en 1871, les KAGENECK vont commencer à côtoyer les hautes sphères du pouvoir.

– Downton Abbey à l’allemande

Heinrich Julius (°1835 – +1887), arrière-arrière petit-fils de Friedrich Fridolin est devenu un homme politique du Grand-duché de Bade, affilié au parti du centre, le Zentrum, il devient député au Reichstag allemand de 1881 à 1884 (de la deuxième circonscription de Bade), il est aussi depuis 1861 un membre influent et régulier du Parlement régional, « Landtag » de Bade. Son second fils, Karl Marquard Viktor (°1871 – +1967) décide de quitter le foyer familial de Munzingen en 1889 pour s’engager dans le régiment de Hussards de la Garde du Kaiser Guillaume II, les fameux « Hussards de la mort« . Malgré des débuts difficiles, Karl apprécia son nouveau statut d’Aspirant officier ; en effet, le régiment a pour habitude de participer aux invitations de la Cour de Berlin. Dans son grand uniforme de parade, il côtoie les ambassadeurs, les ministres, les hauts dignitaires de la Deutsches Heer, mais surtout les plus beaux éléments féminins de l’aristocratie impériale allemande. Promu Capitaine en 1904 il rejoint le Grand Etat-major de Berlin. En 1907 il est envoyé à Vienne comme attaché militaire, il côtoie donc la famille impériale des Habsbourg-Lorraine. August dit même de son père qu’il était un ami intime de l’Archiduc François-Ferdinand, ainsi qu’un confident du vieil Empereur François-Joseph Ier. A cette même époque il fait la connaissance de Kouras, un uhlan hongrois, cet « aide de camp » va vite devenir un ami de premier choix ainsi qu’un fidèle allié tout au long de sa vie.

Ball à Vienne en 1904

Un Bal à Vienne en 1904 – Wikipédia Commons

 

C’est en 1910 que Karl rencontra sa future épouse, Maria « Ria » von SCHORLEMER-LIESER (°1888 – +1959), l’une des femmes les plus dotées de sa génération. Fille de Clemens von SCHORLEMER-LIESER, un homme politique influent de l’Empire qui deviendra Ministre de l’Agriculture de la Prusse entre 1910 et 1917, proche du Kaiser et des hautes sphères du pouvoir ; et de Maria PURICELLI, unique héritière de l’empire industriel et viticole de son père Eduard (descendant d’immigrés italiens qui ont profités de l’administration napoléonienne pour faire fortune). Maria PURICELLI était une « grande dame » de l’aristocratie impériale. Reçu dans les salons berlinois et les palais de Rhénanie, elle fut l’amie et la confidente du Kaiser Guillaume II, ce dernier ne manqua pas les invitations du couple dans leur beau château de Lieser. Un étage entier était consacré aux déplacements locaux de l’Empereur allemand et de sa famille ; l’étage « von Hohenzollern » comportait d’une part une chambre dédiée à Guillaume II mais aussi une autre dédiée à son fils, le Kronprinz. Lui et ses frères Eitel-Fritz, Oskar ou encore Auguste-Guillaume avaient l’habitude de s’entraîner au tennis sur les courts du château avec les filles de Clemens et de Maria.

 

Schloss lieser

Façade du Château de Lieser – Wikipédia Commons

Maria PURICELLI et ses enfants ont l’habitude des voyages à l’étranger, dans ce monde encore en paix où les frontières n’existent guère pour les familles nobles et bourgeoises. Paris, Berlin puis Vienne. En tant qu’attaché militaire pour le compte de Berlin, Karl rejoint souvent ses confrères autrichiens dans les bals et invitations des nobles familles locales, quand ce n’est pas directement la famille impériale et royale de la Hopfburg qui émet l’invitation. D’abord réticente à l’idée de marier sa fille à cet officier de cavalerie badois, Maria finie par céder. Karl emmena Ria aux parties de chasse dans les domaines de François-Joseph Ier, à des soirées à l’Opéra ainsi qu’au bal organisé à la Hopfburg. Leur mariage est organisé au château de Lieser à la fin de l’été en présence de deux fils du Kaiser, Oskar et Auguste-Guillaume. Le monarque a également envoyé à l’officier badois un télégramme de félicitations. Guillaume II n’en restera pas la, il fait de Karl son aide de camp « à la suite », et devinrent collaborateurs dans cette fin de Belle Epoque. Logé un temps à Lieser, Karl et Ria peuvent apprécier le faste de leurs privilèges. Lieser était administré par German et Goebel, son second ; la cuisinière d’origine viennoise, Marie et son armée de cuistots ne manquent de rien pour préparer leurs plats ; M. Kneller, le surveillant-chef des fermes à sous ses ordres un petit bataillon de jeunes préposés et de commis qui s’occupent des nombreux animaux du Domaine. Ria, bientôt enceinte du premier enfant du couple, Clemens, à toujours sa femme de chambre à ses côtés, Krännie. Karl quant à lui ne se sépare pas de son fidèle uhlan Kouras.

– L’agonie d’un monde perdu

La vie paisible du couple et la famille de Ria va pourtant basculer. Le 28 juin 1914, dans la lointaine Sarajevo sous domination austro-hongroise, l’ami de Karl, l’Archiduc, est assassiné. La Crise de Juillet s’amorce alors. Toujours en poste à Vienne, l’officier du Kaiser eut un rôle non négligeable dans la liaison des deux Etat-major. Il écrit à ses supérieurs de la situation bouillante à Vienne, les généraux poussent le vieil Empereur à l’intervention militaire, il fait part de ses craintes quant à la position de la Russie tsariste. A Berlin, une partie de l’Etat-major pousse également leur monarque à la guerre. Karl et une autre partie des généraux allemands déconseillent à Guillaume II cette option. Pourtant les rouages inexorables de la guerre et du jeu des alliances ont commencés à fonctionner et le conflit éclata. Dans son appartement berlinois, Ria enfanta son second enfant en 1915, Franz-Joseph, l’hommage de son mari à l’adoration qu’il porte à l’Empereur de Vienne. Suivi en 1916 par Fritz-Leo, hommage du couple à la disparation du frère de Ria sur le front de l’Est.

En 1916, Karl est promu Colonel et quitte Vienne pour prendre le commandement de la 28. Kavallerie-Brigade. Acheminée sur le front de l’Ouest, la 28e prend une position fortifiée dans la région de Verdun, secteur calme à cette époque. Ria quant à elle s’engage dans la Croix Rouge allemande afin de soutenir l’effort de guerre à l’arrière. En juin 1918, les anglais lancent une attaque dans le secteur de Péronne ; alors qu’il était à la tête de ses troupes qui venaient de prendre un village, Karl est capturé avec ses aides de camp et son Etat-major (dont Kouras) par des québécois. Ces derniers l’oblige à porter des civières avec ses officiers sous le bombardement de l’artillerie allemande. Il se retrouve peu après dans la banlieue londonienne, dans le camp pour officiers généraux de Sandringham où il est bien traité et en profite pour peaufiner son anglais. Ce n’est qu’à la fin de l’année 1919 qu’il revient en Allemagne, en pleine révolutions. Il a d’ailleurs croisés les révolutionnaires dans le port de Brême qui avaient formé un Conseil bolchévik. La mère de Ria proposa d’héberger le couple et ses quatre enfants à Lieser dans le dernier étage du château, renommé « étage Kageneck ».

L’ancien proche du Kaiser ne peut que regarder son pays brûler à petit feu, la nouvelle République de Weimar, instable met plusieurs années à rétablir l’ordre dans ses régions. Karl abandonne l’armée, bien qu’il reçoit le titre de Generalmajor, plus honorifique qu’effectif. Il entre à l’université de Bonn-Poppelsdorf et y décroche un diplôme d’agriculteur. En 1924 la famille achète le domaine de Blumenscheidt, à l’extérieur de Wittlich en Rhénanie, la dote de Ria était quasiment épuisée, les SCHORLEMER-LIESER bientôt ruinés, Clemens en tant que Ministre avait offert une bonne partie de sa fortune pour les crédits de guerre, son décès en 1922 signa le glas pour le retour à l’ordre ancien et au faste de l’époque impériale dans son château de Lieser. Karl évite au possible la politique et lorsqu’un obscur ancien caporal de la Grande Guerre d’origine autrichienne devient chancelier en janvier 1933, il a déjà des doutes sur ses réelles intentions. Son monde a disparu depuis juillet 1914, il ne sort que très peu de sa nouvelle demeure…

Sources :

  • Ouvrages d’August von Kageneck : Lieutenant de Panzers ; Examen de Conscience ; La Guerre à l’Est ; Erbo, pilote de chasse.
  • Biographie de Heinrich Julius von Kageneck ; http://zhsf.gesis.org/ParlamentarierPortal/biorabkr_db/biorabkr_db.php?id=1190
  • Différents arbres comparatifs Geneanet de la branche badoise
  • Biographie de Klemens von Metternich ; Wikipédia
  • La famille Kageneck ; page allemande de Wikipédia

 

Publicités

Histoires de la Branche KAGENECK

L’une des plus anciennes familles nobles d’Alsace, quatorze membres de cette branche deviennent Stettmeister de Strasbourg entre 1271 et 1718. Je dois cette ascendance à mon sosa 12181, Marie Jacobée von KAGENECK (°11/10/1619 à Colmar +10/11/1675 à Riedwihr). J’ai pu remonter l’essentiel de la branche grâce aux multiples aides de généalogistes et de geneanautes. Ainsi l’ancêtre le plus éloigné de ma branche KAGENECK est un certain Erbo né aux alentours de 1185 à Strasbourg, selon les informations que j’ai pu glaner il était un membre du Grand Sénat de Strasbourg. Les premiers descendants d’Erbo furent des chevaliers du Saint-Empire et des Stettmeister de Strasbourg ; Claus (fils d’Erbo) de 1277 à 1284, Nicolas der Alte (fils de Claus) de 1291 à 1303 et Nicolas le jeune (fils du dernier). Egalement, les KAGENECK prirent une part importante dans la Guerre de Dachstein entre 1419 et 1422 dont l’objectif était de rétablir le pouvoir noble et bourgeois dans la ville de Strasbourg.

Mais dans cet article je ne vais pas prendre chaque génération de ma branche et répéter inlassablement leurs dates et leurs fonctions dans la politique alsacienne. J’ai décidé de choisir trois personnes de cette ascendance qui méritent un développement particulier.

von KAGENECK

Armoiries des von KAGENECK

 

     – Marie Jacobée ; l’exilée de Colmar

Fille du protestant Rudolph Wilhelm (°1586 à Kientzheim +20/06/1621 à Colmar), le Bailli de Hohenlansberg ayant fait ses études de Droit à l’Université d’Orléans, et de la protestante Marthe LINCK von THURNBURG (°26/05/1588 à Colmar +10/11/1675 à Colmar) ; Marie Jacobée était réservée à une vie paisible de la haute bourgeoisie colmarienne. Cependant son destin bascule lors de la Guerre de Trente Ans (1618-1648) qui ravage l’Alsace. A la fin du conflit la région passera sous contrôle français et Louis XIV parvient, à coup de politique fiscale avantageuse, à repeupler l’Alsace grâce aux émigrations suisses. Sa belle-famille héberge alors des militaires français à partir de 1638. Dans cet environnement, Marie Jacobée succombe aux charmes d’Elias MAIPAS, capitaine des mousquetaires, le 20 juin de la même année un enfant illégitime naît de cette relation, cependant ce dernier meurt peu après. Cet événement n’inquiète en rien la situation de la bourgeoise colmarienne.

Cependant Marie récidive en 1640 en mettant au monde un enfant illégitime d’une relation avec Jacques de CLAUSIER, capitaine du marquis de Montausier et vice-commandant de Colmar. Cette naissance fit grand bruit en ville et le scandale éclata. L’acte de naissance du petit Charles porte notamment la mention de « scortum nobile » putain noble pour parler de sa mère. Un châtiment corporel est alors demandé contre Marie Jacobée mais une lettre du Magistrat chargé de l’affaire au Marquis de Montausier étouffa l’affaire en mariant de force mon ancêtre à un militaire champenois, Jean OUDART, on l’oblige de se convertir au catholicisme et elle est contrainte de s’exiler de Colmar. Son beau-père Jean Frédéric von RUST donna à OUDART des terres sur le ban de Riedwihr. C’est dans cette commune que naîtra mon ancêtre Jean Louis UTARD (°28/02/1648 +18/02/1716). Ainsi Marie Jacobée dû renoncer à ses droits bourgeois.

 

     – Johann Friedrich ; le conseiller des SCHWENDI –

Le grand-père de Marie Jacobée né en 1561 à Strasbourg et décédé à Kientzheim le 29 septembre 1608. Avec Margueritte BOECKLIN von BOECKLINSAU (°ca 1565 +1620) il eut deux fils, Rudolph Wilhelm et Hans Wilhelm, dont je parlerai dans un prochain article. Johann Friedrich est principalement connu par son titre de Grand-Bailli de Hohenlansberg, qu’il tient de 1583 jusqu’à sa mort. C’est la famille de SCHWENDI qui le plaça à ce poste. La seigneurie d’Hohenlansberg comprenait les villages viticoles de Kientzheim, Sigolsheim, Ammerschuvihr, Niedermorschyrihr, Katzenthal, Ingersheim, Turckheim, Wintzenheim et Lagelheim. Elle était dirigée par le fils du grand général et diplomate autrichien Lazare de SCHWENDI à savoir Jean Guillaume (°1557 +1609).

Lazare von SCHWENDI (1522-1583)

Lazare de SCHWENDI

Nommé bailli à vie, Johann Friedrich portait alors le titre de « conseiller des SCHWENDI » et bénéficiait de la plus haute considération de son seigneur. A la suite de l’absence continuelle de Jean Guillaume de SCHWENDI (qui vivait à Strasbourg et à Fribourg), il était possible pour le bailli de conduire les affaires à son gré. Il édicta un règlement qui obligeait les bourgeois de Kientzheim à se tenir à sa disposition pour les battues organisées lors des chasses aux lièvres. Egalement sa fonction lui permet d’acquérir à bas prix divers propriétés. Il conforta la fortune familiale, déjà abondante et permet notamment à son fils Rudolph de pratiquer le Droit à l’Université d’Orléans en 1605.

 

     – Arbogast ; le porte-étendard –

Plus loin dans la généalogie ascendante des KAGENECK on retrouve Moritz (°1440 +1496 à Strasbourg) ; reçu chevalier en 1475, peu avant la bataille de Morat. Son frère Arbogast connu un destin tant épique que tragique. Chevalier au service de l’Empereur du Saint-Empire, il dû répondre à l’appel avec son contingent strasbourgeois pour combattre les Suisses dans la Guerre de Souabe en 1499. Le 22 juillet de cette année, les troupes impériales commandées par le Comte Heinrich VII de Fürstenberg (qui par ailleurs est le petit-fils de mon ancêtre le Comte Heinrich V de Fürstenberg), sont aux portes de la place forte de Dornach. Forte de 18 000 combattants, les impériaux étaient certain d’obtenir une victoire décisive. Inférieure numériquement, les Suisses armés de leur courage prirent par surprise les troupes impériales (ces derniers pensaient avoir à faire à des renforts), en difficulté le Comte Heinrich rallie ses troupes d’élite et marche contre cette sortie des confédérés.

Une seconde sortie coûta la vie à de nombreux helvétiques mais aussi à celle du Comte et de ses plus vaillants officiers. La nuit approchant, le victoire semble lointaine pour les impériaux qui aperçoivent des renforts confédérés venus de Zug et de Lucerne. Ces troupes fraîches font vite la différence sur la champ de bataille et les troupes impériales restantes sonnent la retraite. La défense de cette retraite est confiée à de vaillants chevaliers, dont Arbogast. Ce dernier armé de l’étendard de Strasbourg et de ses troupes d’élites ne seront pas épargnés par les troupes suisses et il succombe à leurs assauts avec « bravoure ». Au final les impériaux se retirent des cantons helvétiques et l’indépendance de la Confédération est garantie.

 

 

Sources :

  • AD du Haut-Rhin ; les différents actes NMD/BMS ascendants jusqu’à Marie Jacobée von Kageneck.
  • Les frasques d’une noble colmarienne durant la guerre de 30 ans par Thierry SCHMITT
  • L’Alsace Noble par Ernest LEHR (filiation en partie erronée)
  • Les différents arbres généalogiques des KAGENECK par différents généalogistes.
  • Blog généalogie d’Anne LUDWIG : http://ludwig.over-blog.com/article-18505451.html
  • La Suisse Pittoresque et ses environs par Alexandre MARTIN : passage de la bataille de Dornach

Des tranchées d’Ypres à la Gendarmerie d’Alençon

En juillet dernier, ma grand-mère maternelle m’a légué une petite boite appartenant à son grand-père maternel, Paul MAILLARD. Cette dernière contenait des médailles militaires et un petit livret dans lequel se trouvait divers documents, parfois accidentés. La semaine qui suivie, j’ai pris le soin de ranger chaque document dans une feuille plastifiée pour ainsi sauvegarder les informations qu’ils contenaient. Ces documents font référence aux différents pensions militaires que mon ancêtre obtenait au fur des années qui suivaient la Première Guerre Mondiale. J’y trouve aussi sa carte d’Ancien combattant. Le curieux livret se trouve être le livret de gendarmerie de mon trisaïeul, il regorge d’informations comme le récapitulatif de sa carrière militaire et de gendarme à pied, son inventaire d’armement et d’utilitaires, le journal des comptes de ses soldes mensuelles ainsi que ses résultats aux exercices de tir. Ainsi de 1922 à 1926 il fut classé 1ère Classe au tir au revolver et à la carabine.

19225048_1368016473289862_5027214392859841970_n

Page de garde

Paul Louis MAILLARD est le deuxième enfant de Louis François MAILLARD (21/08/1835 – 01/05/1898) et de Marie Angélique AUMONT (07/09/1844->1901), un couple de cultivateur de Lonlay-l’Abbaye dans l’Orne. Paul, né le 16 novembre 1879 a comme frère ainé François Julien, né le 5 novembre 1877. Tous deux deviennent cultivateurs à leurs tour, à la différence de leur Grand-père paternel, Julien MAILLARD, sabotier décédé à 29 ans, cinq mois avant la naissance de son fils Louis. Incorporé dans le 130e Régiment d’Infanterie le 16 novembre 1900 pour son service militaire obligatoire, il est promu Caporal le 2 décembre 1901. Le 18 octobre 1904 il épouse à Lonlay-l’Abbaye Eugénie BRANDENBERGER, orpheline née à Paris le 14 janvier 1881 de parents mosellans ayant émigrés à Paris suite à l’annexion de la Moselle par l’Empire Allemand en 1871. Un article sera dédié à cette branche familiale. Paul est rappelé dans l’armée active avec son frère François en août 1914, tous deux au 32e Régiment d’Infanterie Territoriale mais non comme unité combattante.

Les deux frères seront séparés en 1915, François sera envoyé au 87e Régiment d’Infanterie, il sera alors mobilisé en Champagne où il participera aux violents combats dans le ravin de Sonvaux en juillet 1915 ou encore la défense de la Woëvre contre les offensives allemandes visant Verdun. Paul lui sera affecté au 74e Régiment d’Infanterie Territoriale. Il se trouve dans le secteur d’Ypres à partir du mois de juin 1915, jusqu’en décembre de la même année il défend sa position contre les pluies incessantes d’obus allemands, des pluies abondantes rendent le terrain boueux et intenable, les boyaux sont inondés. Les allemands lancent une importante attaque le 11 novembre contre la position du 74e, Paul et ses camarades repoussent l’attaque et le 21 novembre, après la visite du Général JOPPE il est fait Sergent. Le 1er juin 1916, le 74e quitte la Belgique. Après divers travaux effectués derrière les lignes jusqu’en 1917, Paul est réaffecté au 418e Régiment d’Infanterie. A l’Hiver 1917 ; il se trouve dans le secteur de Verdun, vers Ornes (bois de La Chaume) et Bezonvaux (bois des Caurrières). Il subit l’enfer, la boue, la neige, les pluies d’obus explosifs et les attaques à l’ypérite. Il parvient à survivre assez longtemps pour postuler au poste de Gendarme dans la 4ème Légion de Gendarmerie.

Paul est nommé gendarme stagiaire le 21 décembre 1917 par décision ministérielle, un adieu définitif aux tranchées, à l’horreur de la Guerre et à une mort certaine. Peu d’informations me sont parvenus sur ce laps de temps entre cette nomination et la fin de la guerre. Ce qui est certain c’est qu’il a prêté serment devant le Tribunal d’Instance d’Alençon (Orne) le 20 mars 1918 et devient officiellement gendarme à pied. A partir de ce moment Paul note dans son livret les dates de ses soldes mensuelles et trimestrielles ainsi que les résultats de ses exercices de tirs. Il ne fait pas mention de ses actions au sein de la 4ème Légion. On peut penser qu’il a du s’occuper de petits délits, peut-être a t-il participé à l’arrestation de criminels ? Je me demande si je peux trouver dans les archives judiciaires des éléments pouvant attester ces théories, peut-être dans un futur proche. Paul pris sa retraire en octobre 1926 et se retira, avec sa femme et ses enfants (dont ma bisaïeule Augustine MAILLARD) à Aubigné-Racan dans le département de la Sarthe. Il y décède le 25 mars 1951. Son frère François est décédé le 14 juin 1948 à Lonlay-l’Abbaye.

Ce livret a eu de la chance de parvenir jusque dans mes mains, les divers successions ont sabrées les biens partagés entre enfants. Maintenant que ces informations ont été numérisées par mes soins je ne me fais plus de soucis pour les générations suivantes qui pourront profiter de ce patrimoine sans retenue.

19146268_1368016336623209_4683755326750238635_n

Plaques d’identités – Médaille d’Ancien combattant (à droite) – Médaille commémorative, avec barrette d’uniforme (à gauche). Paul a également obtenu la médaille de Valeur militaire non présente ici.

 

Sources :

  • Archives familiales ; livret de gendarmerie
  • AD de l’Orne, fiche matricule militaire de Paul et de François Maillard
  • Recensement population d’Aubigné-Racan et de Lonlay-l’Abbaye

Arrivés de Bohême ; les HILDWEIN d’Hettenschlag

Mes recherches concernant les ancêtres ma trisaïeule Marie Eugénie HILDWEIN (°13/12/1880 à Rustenhart) m’ont amenées à découvrir que cette dernière n’était pas d’origine allemande, comme je l’imaginais. Au contraire Eugénie est d’origine autrichienne, mais non de l’Autriche elle même ; à l’époque de l’Empire autrichien des Habsbourg, la branche HILDWEIN est originaire d’un petit village de Bohême, Weißensulz (aujourd’hui Bělá nad Radbuzou en Tchéquie).

Mariage Hildwein

Extrait de l’acte de mariage de François Séraphin HILDWEIN et d’Ursule BÖESCH – Archives Haut-Rhin

Je suis arrivé à cette conclusion après la lecture de l’acte de mariage de l’arrière grand-père d’Eugénie, un certain François Séraphin HILDWEIN marié le 6 octobre 1807 à Hettenschlag dans le Haut-Rhin avec Ursule BÖESCH (°1770). Pas de mention de date de naissance dans cet acte, le seul indice mis à ma disposition à ce moment là est la certitude que ses parents, Georges HILDWEIN et Barbara HANNAKAN sont décédés à Weißensulz avant 1807. C’est avec la découverte de l’acte de décès de François que j’ai pu avancer dans la recherche de son acte de naissance. En effet ce dernier en date 28 décembre 1855 précise que l’émigré autrichien est décédé à environ 79 ans, cela nous amène donc aux alentours de 1776.

porta fontium

Porta fontium

Je me suis émancipé d’un premier blocage en découvrant au fil de mes recherches une base de données tchèque ‘Porta fontium’ ayant numérisée les registres autrichiens de Weißensulz (naissances, mariages et décès). Le second blocage, toujours de taille, se décrit par la difficulté de confondre François Séraphin et ses parents. Pour cause, les actes de naissances ne font mention que d’un seul des prénoms des parents, que je suppose être le prénom usuel, également dans les actes de décès pas de mention de l’âge du défunt, les quelques chiffres mis à disposition sur le registre doivent correspondre aux numéros de registres concernant les familles. Il y a bien un acte qui peut s’apparenter à celui de François. Ce dernier date du 5 mars 1778 dans un registre où la mère est citée avant le père, ce que je suppose être un registre d’enfants naturels ou non légitimés, question à vérifier. L’acte mentionne la naissance de Franciscus entre une certaine Barbara HILDWEIN et un Joannes HILDWEIN. Sachant qu’un acte de décès en date du 9 septembre 1803 mentionné un certaine Joannes Georg HILDWEIN on peut penser que ce soit la même personne, mais là encore rien n’est certain.

Possible naissance François Séraphin

Possible naissance de François Séraphin ?

Ce qui est certain en revanche, c’est que François arrive en Alsace vers 1807, se marie avec la fille de Jean Jacques BÖESCH (°1721), Bourgmestre et receveur d’impôts de Weckolsheim et de Catherine ALBIETZ (°1730), native du Wurtemberg. François et Ursule vont avoir trois enfants, tous nés à Hettenschlag ;

  • François Joseph, né le 30 mars 1808.
  • Sébastien, né le 29 mars 1813, le grand-père d’Eugénie.
  • François Joseph, né le 4 décembre 1817.

Tous cultivateurs, ces derniers vont avoir 6 enfants, 9 enfants et 11 enfants. Certains d’entre eux seront victimes de la mortalité infantile. Mais la descendance suit avec les petits-enfants de François Séraphin, notamment le père d’Eugénie, Jean-Baptiste HILDWEIN (°27/02/1854), dernier fils de Sébastien et de Madeleine BÖESCH (°1815) qui elle même est une lointaine cousine d’Ursule, la grand-mère de Jean-Baptiste.

hildwein1

Arbre descendant de François

hildwein2

Arbre descendant de Sébastien

hildwein3

Arbre descendant de Joseph

Cela s’est pratiqué à deux reprises parmi les descendants de François et d’Ursule. Il faut dire que le petit village d’Hettenschlag a pris de l’ampleur notamment par les naissances successives des HILDWEIN. D’ailleurs, François Joseph deviendra Maire du village de 1860 à 1865 (cf. début des actes de la période concernée). On peut d’abord noter un premier mariage de cousins entre Joseph HILDWEIN (°1845), fils François Joseph et de Marie Anne DAHINDEN et Marie Anne HILDWEIN (°1851), fille de François Joseph et de Marie Anne SONTAG, un mariage entre cousins germains. Le second mariage entre cousins germains a été conclu entre Antoine HILDWEIN (°1851), fils de Sébastien et de Madeleine BÖESCH et Marie Victoire HILDWEIN (°1860), fille de François Joseph et de Marie Anne SONTAG. Ce couple auront un fils nommé Eugène, né le 9 septembre 1887, il participera à la Grande Guerre du côté allemand en tant que télégraphiste de forteresses au sein de la Festungs-Telegraphen Bau Compagnie 7. mais pour un court instant, il deviendra ensuite conducteur sur le front.

La Grande Guerre a mobilisé du côté allemand onze HILDWEIN. Notamment François Xavier (°1893), l’enfant de Laurent HILDWEIN né 10 novembre 1845 à Hettenschlag qui lui a participé à la Guerre de 1870 du côté français en tant que Sergent du 40ème Régiment d’Infanterie. Lors de ma prochaine escapade aux Archives de Colmar je compte bien cherché des informations le concernant lui et son fils.

Le retour à la nationalité française n’a pas été acceptée par certains HILDWEIN qui vont commettre quelques désordres au cours des années folles. Xavier HILDWEIN (°1880), fils de Sébastien et de Marie Anne MÜLLER sera condamné le 26 mars 1920 à 25 Francs d’amendes pour détention d’armes et de munitions militaires, était-ce de l’ancienne manufacture prussienne ? Son cousin Charles HILDWEIN (°1881), fils de Joseph et de Marie Anne va être condamné quant à lui plusieurs fois à quelques mois de prisons entre 1925 et 1928, notamment pour coups et blessures.

Pour le moment je n’ai réussi à me procurer que trois dossiers militaires allemands des mobilisés HILDWEIN, Eugène et les frères Alfred et Jean-Baptiste. Jean-Baptiste (°1884 à Dessenheim) sera mobilisé au sein de la 2ème Compagnie du 172e Infanterie Regiment, mais un éclat d’obus dans le dos sur le front de l’Yser le 10 mai 1915 va à terme le démobilisé, il deviendra après guerre un conducteur de tramway à Colmar. Alfred (°1891 à Dessenheim) sera lui mobilisé dans le 171e Infanterie Regiment et connaîtra le front de France et de Belgique d’août à novembre 1914 puis de nouveau à partir de mai 1918, mais la plupart de sa campagne se passera à l’Est, notamment sur le fleuve Sereth, puis à Putna et Susita (Roumanie actuelle). Blessé et malade à plusieurs reprises Alfred redeviens français et finira ses jours à Dessenheim jusqu’à son décès en 1987.

 

Sources :

  • Archives Départementales du Haut-Rhin ; actes naissances, mariages et décès des différents HILDWEIN d’Hettenschlag.
  • Archives Départementales du Haut-Rhin ; dossiers de demandes de cartes d’Anciens combattants.
  • Porta fontium ; registres numérisés de Weißensulz.

 

Tombé dans la Somme

Lorsque je me suis déplacé à la mairie de Courcelles-la-forêt pour un acte de mariage, je ne m’attendais pas de faire cette découverte. Le 26 août 1919, mon arrière-arrière grand-mère Marie VAIDIE, et mon arrière-arrière grand-père Charles GILLET, tous deux 28 ans, ont échangés leurs vœux et se sont mariés dans l’église de Courcelles-la-forêt, une petite commune de Sarthe.

Charles Ernst Alexandre GILLET, un cultivateur natif de la commune de Noyen-sur-Sarthe, fils du cultivateur Charles Isidore GILLET (°1860) et d’Elise Ernestine TROUILLARD (°1868) et Marie Henriette VAIDIE, une cultivatrice native de Courcelles, fille des cultivateurs Joseph Henri VAIDIE (°1863) et Henriette REGNIER (°1869). Un mariage somme toute commun pour cette campagne française d’après-guerre. Charles a fait la guerre, il a été blessé en 1916 par une balle allemande dans le bas ventre, décoré de la Croix de Guerre, citation au régiment, héros de guerre. Ensemble ils eurent mon arrière grand-mère Marie Louise née en 1927 ainsi qu’Ernst Henri né en 1920 dans la commune de Mézeray en Sarthe. En 1936 le recensement de la commune de Courtillers indique que le couple et leurs enfants y résident. Une petite note de ‘coïncidence’ lorsque j’ai remarqué que Charles était employé à la SAE, la Société Alsacienne d’explosifs (cf. Des alsaciens dans l’Ouest ; le départ des SUTTER) ; savoir que mes branches alsaciennes et sarthoises ce sont déjà rencontrés en 1936 fait toujours son petit effet.

Cependant, j’ai découvert sur ledit acte de mariage entre mes ancêtres directs une petite note sur un précédent mariage de Marie VAIDIE ;

 » Marie Henriette VAIDIE […] veuve en premier mariage de Auguste Victor BUSSON, décédé à Roye (Somme), le vingt-six septembre mil neuf cent quatorze. »

Afin d’en connaître plus sur le défunt mari de mon ancêtre VAIDIE, je commence par les registres de matricules militaires des AD de la Sarthe. Je trouve ladite fiche matricule d’Auguste. Né le 14 novembre 1886 à Mézeray. Classe 1907 dans le 69e RI. J’apprends qu’Auguste mesure 1m75, les yeux roux, dégarni et front découvert. Il est domestique agricole à Courcelles-la-forêt, fils de Victor Pierre BUSSON et de feue Augustine COSNARD.

Sa date de naissance me permet de retrouver l’acte éponyme dans les mêmes Archives de la Sarthe. Son père, Victor BUSSON est né le 19 novembre 1862 dans la commune de Ligron, cultivateur à Courcelles-la-forêt. Sa mère, Augustine est née le 30 septembre 1851 à Mézeray. C’est dans cette même commune que ses parents se marient le 19 novembre 1885. Ses grands-parents paternels et maternels étaient également des cultivateurs de la région. Son acte de naissance porte mention de son mariage avec Marie VAIDIE, en date du 23 avril 1912 dans la commune de Courcelles-la-forêt. Aucun enfant ne naîtra de cette union.

Le 4 août 1914 Auguste est mobilisé, un adieu à sa femme et à sa famille, il est affecté comme tant d’autres de son canton au 317e RI stationné alors au Mans. Ce régiment est alors mis à la disposition de la 3ème et de la 4ème Armée. A Vitron notamment le 21 et 22 août 1914, le 317e RI combat les forces impériales du IIe Reich. Après la bataille de la Marne du 5 au 12 septembre, la course à la mer démarra, cette opération qui va fin décembre 1914 établir la ligne de front qui ne sera modifiée qu’en 1918 avec la dernière offensive allemande. Fin septembre les allemands concentrent leurs forces de Belgique à l’assaut de la Somme ; les français sont alors en prises dans de farouches combats avec les allemands. Le 26 septembre, des tirs d’artilleries assomment les effectifs du 317e RI, un obus tue le commandant du régiment, le Lieutenant-Colonel Joseph PREVOST ainsi que le Capitaine Charles OGIER DE BAULNY. Le Chef de bataillon Ferdinand AULBIN et bons nombres de soldats dudit régiment sont également tombés durant cette sombre journée. Auguste, dans son uniforme de Piou-Piou lourd et étouffant a été tué à l’ennemi avec ses camarades du 317e RI dans les combats autour de Roye. Les français se retirent le lendemain vers une position où leur propre artillerie repoussera les troupes du Kaiser.

A Courcelles-la-forêt, ce sont trente-et-un jeunes hommes qui tombèrent durant le conflit. Cela fait un peu plus de 102 ans qu’Auguste BUSSON, premier mari de mon arrière-arrière grand-mère est tombé. Inconnu jusqu’à cet été, je porte désormais sa mémoire dans mon cœur.

Sources :

  • AD Sarthe, Registres des naissances 1886 de la commune de Mézeray
  • AD Sarthe, Registre des matricules militaires, Classe 1906
  • AD Sarthe, Liste recensement de la commune de Courcelles-la-forêt et de Mézeray
  • Mémoire des hommes, Auguste Victor BUSSON
  • Historiques des Régiments français durant la Grande Guerre, 317e RI
  • MémorialGenWeb, Courcelles-la-forêt
  • Liste des pertes du 317e RI le 26 septembre 1914, France Gen Web

Souvenir de Résistance

Nous sommes le 27 août 2016, en fin de matinée. Une température déjà intenable et un soleil de plomb s’abat sur la carrosserie de ma fière automobile à l’arrêt. Je suis à Château-du-Loir, une commune du Sud-Est du département de la Sarthe pour une Brocante collections, un détour important pour les collectionneurs de la région.

La Brocante à lieu dans un stade aux abords d’un lycée. Cependant à l’extérieur de celui-ci se trouve un petit rassemblement de brocanteurs et de collectionneurs. Ces derniers, en troupeaux et dans un air de camaraderie, recherchaient des cartes postales de la région ainsi que les timbres rares qui vont avec. Pour ma part je ne trouve que peu de choses ; ni de vieux ouvrages, ni de documents notariés ou royaux. Je décide alors de rentrer dans le stade pour la partie la plus intéressante. L’année passée il y avait un collectionneur habillé dans le pur costume traditionnel bavarois et sa fière et imposante collection de chopes à bières datant du XVIIIe et du XIXe. Cette fois je croise un collectionneur d’appareils photographiques ; non pas les appareils portables des années 50, non non trop facile, mais des pièces monstrueusement imposantes, les premiers modèles.

A coté de la partie dite ‘Collection’ se trouve la partie d’autres collectionneurs, mais des collectionneurs vendant leurs dites collections. Je me demande si ce n’était pas l’année du timbre puisque chaque vendeur possédait des timbres de collections. Mais venant en au sujet de cet article. Chinant sur une étale, son propriétaire vient à ma rencontre, un vieil homme, grand, dégarni au bouc prononcé. Il commence la conversation et me demande ce que je recherche. En lui répondant que je suis passionné d’Histoire et de documents anciens, le collectionneur m’apporte une pochette plastique contenant une petite lettre.

Le collectionneur me dit alors que c’est une lettre du Général de Gaulle adressée à son père pour ses services dans la Résistance. Je demande des détails et voilà que nous parlons plus d’une heure dans ce stade non climatisé et rempli de visiteurs. L’histoire de son père, la situation des alsaciens-mosellans durant le second conflit mondial, sa propre histoire. Il m’avoue qu’il fut un ancien étudiant de l’Université du Maine dans le département de Droit, tout comme moi aujourd’hui.

Son père était gendarme au moment où la France capitula en 1940 et que le maréchal Pétain pris le pouvoir et créer une sorte d’Etat fantoche à la solde d’Hitler. L’homme décida de déserter Vichy pour rejoindre le maquis, notamment celui d’Oisans dans la région autour de Vizille. Condamné à mort par le régime pétainiste, le père du collectionneur continua la lutte. Lors de son décès, anciens résistants sont venus lui rendre hommage lors de ses funérailles. Mais comme beaucoup de personnes ayant participées au second conflit mondial, le père ne parlait que succinctement de sa vie dans le maquis. Très peu de détail ici. Le collectionneur me dit cependant que son père a eu les ongles du pied droit arrachés ; par les allemands ? Capturé puis libéré par les résistants ? Aucuns détails. Son père a pris un nom d’emprunt et le garda le reste de sa vie, on retrouve cette pratique chez les résistants (Jacques Delmas devenu Jacques Chaban-Delmas). Alors enfant le collectionneur demanda à son père si il avait tué des allemands ; ce dernier dira simplement qu’un jour il trouva des bottes d’officier, une façon de dire la vérité.

14066238_1087740434650802_8562506420059738861_o

Lettre signée du De Gaulle le 30 avril 1964

Après ce fort récit et l’heure de conversation qui suivie j’ai posé la question suivante « Pourquoi vouloir vous séparer de cette lettre si chère à votre histoire ? ». Ce cher monsieur me répond promptement qu’il a décidé de se séparer d’une grande partie de sa collection, dont cette lettre avant son décès pour éviter que ses enfants se fassent avoir par des collectionneurs avides qui voudront prendre la collection en lot à un prix à quatre chiffres pour berner lesdits enfants sans que ces derniers ne connaissent la valeur réelle de chaque objet.

Le collectionneur m’exposa alors le reste de son étale ; timbres rares, non utilisés valant un pécule chacun. Des assignats révolutionnaires, parfois non coupés et encore sous leurs formes d’imprimeries, que je n’ai pu acquérir puisque ces derniers dépassaient mon montant maximum. Il me présenta alors une petite feuille d’or ; mais cette feuille d’or pesait son poids d’or entre mes mains. C’était une feuille d’or émise par la Banque de France pour apaiser l’humeur des colons français d’Indochine, une véritable pièce de musée !

Le collectionneur, heureux de l’écoute que je lui est porté durant l’heure de conversation décida de me faire un geste sur l’acquisition de la lettre, que je garderai avec soins dans ma propre collection en récitant la petite histoire que ce document porte.

Sous l’uniforme allemand, un alsacien durant la Grande Guerre

Suite au Traité de Francfort du 10 mai 1871, l’Alsace, la Moselle et une partie de la Lorraine sont devenus des territoires allemands. L’Alsace resta allemande pendant 47 années. La germanisation de la plaine s’opéra alors sur plusieurs générations d’alsaciens. Pour les SUTTER (cf. Le départ des SUTTER ) ce sont deux générations qui ont été éduquées sous le drapeau de l’Empire Allemand.

L’instruction de Charles, né en 1907, a été contrôlée par les instituteurs allemands, les Schulmeister, tout comme l’instruction de son père, Nicolas SUTTER né le  15 mars 1887 à Oberentzen, une petite commune au nord-est de Guebwiller. Nicolas est le fils de Joseph SUTTER, un maçon né le 9 septembre 1847 à Oberenzten dans une Alsace encore monarchique, celle de Louis-Philippe Ier qui allait bientôt passer la barre de la France à une République oubliée. Je n’ai pas encore trouvé des informations concernant Joseph et sa « probable » participation au conflit de 1870, si vous avez des pistes je suis à votre écoute. Après ledit conflit Joseph décida de rester en Alsace et y épousa le 20 avril 1873 à Rustenhart la jeune Henriette HUNDSBUCHLER, 22 ans, fille légitime de Michel, maçon à Rustenhart. Nicolas épousa le 13 mai 1910 à Buhl la fille naturelle de Maria RITTER, Anna, née le 3 juillet 1888 et légitima par la même occasion son fils Charles né trois ans plus tôt.

Cet article ne sera pas concédé à la vie alsacienne pendant l’époque allemande, pour cela je vous renvoi au magnifique téléfilm franco-allemand Les Alsaciens ou les Deux Mathilde. Cet article va d’avantage parler du sort des alsaciens durant la Grande Guerre et plus particulièrement des hommes enrôlés dans la Deutsches Heer. Cependant il faut savoir que les recherches concernant les dossiers militaires des alsaciens sont difficiles pour la raison suivante ; les soviétiques ont brûlés les archives militaires de Berlin en 1945 qui contenaient les dossiers prussiens. Mais voilà, hier je recevais des Archives du Haut-Rhin un dossier concernant Nicolas SUTTER, ce dernier était son dossier de demande de carte de combattant qui lui permet d’obtenir la « Retraite du combattant » offerte par le Décret du 4 novembre 1930. Cette demande aux AD avait pour objectif d’obtenir une reproduction de sa carte d’ancien combattant, notamment la photographie fournie avec la carte. Cependant, dans ce dossier reproduit je trouve des documents allemands datés de 1934 et appartenant à la Direction des Archives Nationales de Stuttgart, il s’agit de son certificat de service militaire sous l’uniforme allemand pendant la Grande Guerre, Militärdienstzeit-Bescheinigung en allemand.

WP_20160306_12_37_07_Pro

Nicolas SUTTER en 1912 dans son uniforme de parade

Nicolas (Nikolaus en allemand), ouvrier de fabrique dans une usine de Guebwiller commença son service militaire obligatoire de deux ans le 10 octobre 1907 (son fils Charles naît le 1er mai de la même année), jusqu’au 20 septembre 1909 il s’exerça dans la 4e Compagnie du 172e Régiment d’Infanterie de la Deutsches Heer comme soldat 2ème classe. Toujours dans le même Régiment il effectua ses deux exercices de manœuvres, du 31 mai au 13 juin 1912 pour le premier et du 4 novembre au 17 du même mois de l’année 1913 pour le second. Lorsque la guerre éclata avec la France, la Grande-Bretagne et la Russie, Nicolas est mobilisé le 5 août 1914 dans la 4e Compagnie du 111e Régiment d’Infanterie de Réserve, commandé au sein de la 28e Division de Réserve par le Generalleutnant Curt von Pavel. La plupart des Alsaciens ont été envoyés sur le Front Russe pour éviter qu’ils désertent pour la France, ce n’est pas le cas de Nicolas qui, à ma grande surprise, fut mobilisé sur le Front Ouest jusqu’à l’Armistice de 1918. Cependant Nicolas ne participe pas aux premiers combats en Belgique. Sa première opération de combat (Gefechtshandlungen) commence le 10  octobre 1914 pour le combat de tranchées en Artois et sur le front de Bapaume dans le Nord-Pas-de-Calais. Il quitta le front le 23 juin 1916 pour ce que me semble être une blessure. En effet, selon les notes de mon grand-oncle SUTTER, Nicolas a été blessé par un éclat d’obus/grenade qui lui a ouvert une partie du crâne. Sa fiche matricule post 1918 indique une cicatrice sur le crâne. Puis ; du 19 août 1916 au 21 novembre de la même année Nicolas, surement remis momentanément de sa blessure exerça dans la Compagnie de convalescence (Genesenden Kompagnie) du Bataillon de remplacement du 111e. Le document ne dit pas si cette courte affectation était liée à sa propre convalescence ou s’il exerçait une fonction dans ladite compagnie.

Il resta dans cette compagnie jusqu’au 6 janvier 1917 où il retourne dans la 4e Compagnie du 111e RIR. A cette date il est transféré à Verdun et participe aux combats ayant lieu autour de la Coline 304. Il porte depuis le 25 décembre de l’année précédente sa Croix de Fer seconde classe (Eisernes Kreuz) surement lié à sa blessure au crâne. Il reste dans les tranchées de Verdun jusqu’au 13 avril 1917 et restera à l’arrière jusqu’en janvier de l’année 1918. Là encore je n’ai pas d’indications sur le pourquoi de cette période de non combats. Une nouvelle blessure ? Une permission ? Dans les deux cas Nicolas est promu au grade de soldat première classe le 11 mai 1917 (Gefreiten) et reçu le 12 novembre 1917 la décoration commémorative de la bataille de Verdun pour sa participation à ladite bataille. Nicolas reprit du service à partir du 4 janvier 1918 sur le front de Champagne. Durant le mois de mars 1918 il a dû se distinguer à deux reprises, déjà il est promu au grade de Caporal (Unteroffizier) le 7 mars puis au grade de Sergent (Sergeanten) le 28 mars. Il est ensuite retiré du front le 25 mai, encore une fois aucuns détails sur le pourquoi de cette décision. En tout cas il n’a pas participé à la dernière offensive allemande d’Été 1918 et la retraite qui s’ensuit. Nicolas est démobilisé le 16 novembre 1918.

Après la Grande Guerre il retrouve la nationalité française et est appelé au service armée dans l’Armée Française le 15 mai 1922 dans le 21e Régiment d’Infanterie. Cependant dans les années qui suivent il est réformé pour invalidité partielle. Sa blessure à la tête lui vaut des Otites, une Hypoacousie droite (diminution de la perception auditive) et des crises de vertiges. Mon grand-oncle SUTTER explique à la suite d’un entretien avec la sœur de Nicolas que ces crises de vertiges était dues aux mouvements d’un éclat d’obus/grenade resté dans le cerveau tout près du cervelet. Cette invalidité ne lui a pas fait perdre son travail et il resta ouvrier dans une usine de Guebwiller. Durant les années 30 il devient Président du Club d’Athlétisme de Guebwiller dans lequel son fils Charles remporta plusieurs médailles de Championnat régional et national en lutte gréco-romaine.

WP_20160831_19_40_58_Pro

Carte de combattant de Nicolas SUTTER

La pension d’ancien combattant ne fut pas interdit pour les alsaciens ayant combattus sous l’uniforme allemand, Nicolas a donc pu bénéficier de la même pension que les soldats français survivants du conflit. Nicolas passera le reste de ses jours à Guebwiller et y reçoit les visites de ses petits enfants venus de la Cité d’Alsace en Sarthe.

Sources :

  • Archives familiales et récit du Grand-oncle SUTTER
  • Archives départementales du Haut-Rhin, dossier de demande de carte de combattant pour Nicolas SUTTER, Cote 17AL2 /742
  • Calendrier de campagne du 28. Reserve Division, Wikipedia

Des alsaciens dans l’Ouest ; le départ des SUTTER

Nous sommes en 1937, ma grand-mère paternel descend de la Mathis familiale, elle trouve des maisons lui rappelant sa région natale, l’Alsace ! Elle n’a que six ans mais est parfaitement bilingue, entre le français cela va de soit et l’alsacien qu’elle utilise en famille et entre les amis originaire du Haut-Rhin. Cependant elle n’est pas en Alsace, malgré l’architecture de ces maisons neuves. Elle se trouve entre les communes de Précigné et de Louailles dans le département de la Sarthe, à plus de 700 km de chez-elle. Pourquoi est-ce que la jeune alsacienne a fait ce long périple à travers la France pour se retrouver dans une région inconnue ? Pourquoi abandonner la vie confortable à Buhl ? Elle doit ce changement de résidence à une société alsacienne qui a sentie les prochains jours de la guerre.

Huit ans plus tôt, le dix-septième jour du mois de mai se sont mariés les jeunes Nicolas Charles SUTTER, 22 ans et Eugénie Maria LAPP, 22 ans dans l’église de Guebwiller, une commune au nord de Mulhouse dans le département du Haut-Rhin. Charles est menuisier, fils de Nicolas SUTTER, 42 ans, fileur à Buhl, vétéran de la Grande Guerre (dans l’armée allemande) et d’Anna RITTER, ouvrière d’usine âgée de 41 ans. Durant son adolescence il pratiqua la lutte greco-romaine, il devient Champion d’Alsace, de Lyon et d’Auvergne et obtenu la 3e médaille du Championnat de France. Charles bien que né sous l’Empire allemand a retrouvé sa nationalité française après la guerre de 14-18 comme l’indique les clauses du Traité de Versailles de 1919. La totalité de mes branches alsaciennes choisirent l’Allemagne après le conflit de 1870 et le traité de Francfort du 10 mai 1871. Maria LAPP est bobineuse, fille de Xavier Victor LAPP, 48 ans, graisseur à Guebwiller et de Maria Eugénie HILDWEIN, 49 ans.

WP_20160818_16_56_23_Pro

Charles SUTTER, Maria LAPP, Roger, leurs fils & ma grand-mère. Vers 1934 à Buhl, Rue du Neubruck

Rue du Neubruck aujourd’hui

Ils habitent une maison à Buhl, Rue du Neubruck, encore visible aujourd’hui. Pendant ce temps à Richwiller, la Société Alsacienne d’Explosifs (S.A.E ou encore Alsetex) est préoccupée par les intentions belliqueuses du dictateur d’outre-Rhin. Cette société fournit depuis 1920 de l’équipement artificier et chimique pour les départements de l’Est de la France. Elle décide de délocaliser la production à l’Ouest, dans la forêt de Malpaire dans le sud du département de la Sarthe. La société demande alors des volontaires de la région pour aller construire cette nouvelle usine ainsi que les habitations des ouvriers. Des amis de Charles travaillant dans cette société lui ont proposés cette opportunité ; ces mêmes amis ont aidés dans la construction de la maison Rue du Neubruck. Charles accepte, cependant il ne peut emmener sa famille pour le moment, il doit partir seul.

WP_20160818_13_56_10_Pro

Les alsaciens pendant la construction du site de Malpaire ; Charles, premier en bas à gauche. 1935

700 km plus loin, Charles et la petite troupe d’alsaciens arrivent dans le petit bourg de Précigné. La société les logent à La Boule d’Or, tenu par l’hôtelier Pierre CROSNIER, 44 ans. C’est Maurice DENIAU, 27 ans qui sert de chauffeur aux frais de la société pour transporter Charles et ses confrères au site de construction dans la forêt de Malpaire à une dizaine de minutes du bourg. Parmi les volontaires on retrouve les amis de Charles ; Xavier SPINNER, 29 ans et Alfred BOURGARDEZ, 27 ans, ajusteurs. Jules THOMANN, 32 ans et sa femme Anna KLEBER âgée de 28 ans, ouvriers. Eugène HAIGY, 25 ans, ajusteur ; Paul DREYFUSS, 27 ans, employé ; Antoine BECK, 26 ans, contremaître. Egalement Joseph GLASS, 26 ans, un comptable de Colmar qui résidait dans le bourg même et non pensionnaire à La Boule d’Or. On compte parmi les alsaciens de Malpaire des italiens venus de Travedona en Lombardie ; notamment Carlo BINA, 43 ans et ses frères Jean et Bonaventura, tous deux 33 ans.

En une année le site est construit, un petit complexe de plusieurs ateliers, une cheminée est encore visible aujourd’hui au sein de l’entreprise Mecaplast. Les habitations également. Dans un style rappelant l’Alsace, des maisons blanches aux toits rouges. Charles en tant que menuisier s’est occupé des charpentes, utilisant sa fière varlope pour affiner ses ouvrages de bois . La Cité d’Alsace accueil donc les ouvriers de la société Alsetex. Charles devient alors contremaître, il occupe l’une de ces maisons qu’il  a construit de ses mains ; sa femme et ses enfants le retrouve, une nouvelle vie commence ! Encore aujourd’hui quand je foule la Cité d’Alsace, qui n’a pas changé depuis 81 ans, à part bien sur le parking de Mecaplast qui a remplacé une partie de la forêt, je retrouve mon arrière grand-père qui était sur ces toits en constructions, j’imagine ces alsaciens éloignés de leur province natale à parler dans leur langue, à partager leur culture commune dans une province étrangère. Pourtant, cette nouvelle vie en dehors de la Plaine sera de courte durée pour les SUTTER… A suivre.

Sources :

  • Archives familiales ; récit et photographies
  • Archives départementales de la Sarthe, Recensement de Précigné année 1936, Cote 2 Mi 289_57
  • Historique de la Société Alsacienne d’Explosifs, site de la Commune de Précigné [http://precigne.com/index.php?option=com_content&view=article&id=44&Itemid=121]

Saut à Montsoreau

Dimanche 14 août 2016, réveil à 6h, départ trente minutes plus tard. Je programme un itinéraire, 86 km, plus d’une heure de trajet. Où vais-je ? Aux puces de Montsoreau ! Au sud de Saumur, à côté de l’abbaye de Fontevraud, escale de choix pour les particuliers avertis et les brocanteurs de la région. Mon GPS m’indique une arrivée imminente, je prends un pont et je découvre Montsoreau..

Le pont étroit en poutres en treillis datant de 1917 laisse apercevoir entre lesdites poutres le visage d’un bourg au bord de la Loire et d’un château typique de la région. L’émerveillement intensifié par le soleil du matin. Puis la vue de pans de falaises, dans celles-ci des ouvertures comme des fenêtres, quelques maisons, habités ? Je laisse la falaise derrière moi pour trouver une place en amont du centre ville. Il était quasiment 8h et les exposants étaient sur le pied-de-guerre pour placer leurs étales et trésors. A l’extrême-ouest des puces, une fine odeur de poisson a jailli, je m’approchais des quais. Car oui, la spécialité des puces de Montsoreau est son périmètre d’activité, ses quais aux pavés irréguliers.

Je commence ma première expédition entre les exposants déballant leurs curiosités, je remarque des objets en cristal, des tableaux (mais depuis la saison dernière, fructueuse en tableaux et gravures je me résigne à me laisser déborder par la tentation), du mobilier ancien. J’aperçois enfin des anciens ouvrages, un domaine devenu passion pour ma part. Plusieurs XIXe, quelques XXe. Je repars avec un exemplaire de L’Esprit des Lois de Montesquieu, édition 1886 en bon état, malgré le fait que ce ne soit pas une édition d’origine de 1748, l’ouvrage était sur ma liste depuis qu’un professeur de droit de première année nous avait expliqués la comparaison avec le régime anglais.Je pars également avec un ouvrage lourd et épais, La guerre russo-japonaise par les récits d’un témoin oculaire, rare en soit l’ouvrage est contemporain avec le conflit (1904) et disposes de nombreuses gravures et photographies d’époques, il rejoindra ma bibliothèque !

Je retourne à mon véhicule, dépose mes nouvelles acquisitions puis retour aux puces. Cette fois les exposants ont terminés leurs déballages et le nombre de trésors sur les étales est devenu conséquent. Encore des anciens ouvrages, mais les sujets n’ont pas allumés mon étincelle de curiosité, ou le prix ne me convenait pas (il faut dire le dire je suis dur en affaire). Au détour d’une étale une vitrine, dans celle-ci d’innombrables babioles, mais je remarque ce qui peut s’apparenter à une écriture en Fraktur, je demande à voir et je découvre une petite pochette de cartes postales sur des gravures du Vieux Strasbourg, excellent ! Dans cette pochette une carte postale datant de l’époque allemande (1871-1918), assez rare dans cette région de la Loire si éloignée de la Plaine. Ce brocanteur me présente alors ces paquets de cartes postales, je repars avec quinze d’entre-elles, certaines non écrites présentes des scènes de la grande-guerre (ravitaillement, caserne), l’une des cartes écrites a comme support une carte allemande d’après-guerre !

Sur une énième étale je suis intéressé par une babiole à l’effigie de l’Empereur Napoléon Ier, totalement néophyte dans ce domaine l’exposant, expert en portraits miniatures m’explique en détail l’univers de ces miniatures, véritables photographies pour nobles et châtelains d’Ancien-Régime, la pratique s’éteint peu à peu pour laisser sa place à la photographie mais s’exerce pour les reproductions d’ancienne miniatures. Je repars donc avec ladite miniature datant du fin 19e, les plus prisées sur le marché sont antérieurs à la Révolution mais leurs prix se comptent à partir de 300€.

Sans titre 1

Sur le chemin du retour je me suis arrêté près de ce pan de falaise qui m’avait tant émerveillé lorsque je suis arrivé, il s’avère qu’on ne peut accéder aux hauteurs présentant des habitations en pierres blanches, je réussi cependant à trouver un petit chemin qui menait à une cave à vins enfouit sous ladite falaise, le panorama y était renversant.

A très bientôt Montsoreau !

Nouvelle branche !

Willkommen, bienvenue sur ce nouveau blog dédié au partage de mes recherches généalogiques et patrimoniales ! Je me présente, Benoît Moreau, alsacien de 20 ans, grand passionné d’Histoire, de sauvegarde de patrimoine et bien évidement de généalogie. J’aime partager mes connaissances avec autrui et ce partage j’y réfléchis depuis quelques temps, quel format ? Youtube ? J’y ai pensé mais au final l’écriture me passionne d’avantage que le montage vidéo. Quel sujet ? La généalogie certes mais il me manquait quelque chose pour ce partage de connaissances, un deuxième sujet qui me passionne autant, les petites histoires qui entourent des objets et récits de patrimoines que je chine en vides-greniers et brocantes. C’est ma passion du passé qui m’a poussé à me lever chaque dimanche matin et partir chiner dans ma région, je retrouve des objets anecdotiques mais portant en leurs seins une histoire singulière qui, dans un contexte historique, soit imprégnée de mémoire, c’est cette mémoire que je préserve en partageant cette connaissance.

Des branches alsaciennes aux branches de l’Anjou et du Maine

Mes articles correspondant à ma généalogie ascendante retraceront les différentes branches et les différentes histoires que mes aïeux ont vécus. Bien que je me limite aux générations antérieurs au XXème ; j’hésite à vous parler de certaines choses que ma famille a vécu durant la première moitié du XXème siècle (Alsace allemande, Exode, Occupation). Je me déciderai selon vos retours.

Vous allez voyager à mes côtés, mes origines éclectiques passe de l’Alsace avec les branches SUTTER (Oberhergheim), RITTER (Lautenbach), LAPP (Guebwiller) et HILDWEIN (Bohême) ; la Mayenne avec les branches MOREAU (Athée) et CHAUSSIS (Placé) ; la Sarthe avec les branches COURTOGIT (Joué-en-Charnie) et VAIDIE (Courcelles) ; l’Orne avec la branche MAILLARD (Lonlay-l’abbaye) ; les Ardennes avec la branche GILLET (Boulzicourt) et enfin la Moselle avec la branche BRANDENBERGER.

Objets d’histoires

Toutes mes trouvailles de vides-greniers et de brocantes cachent leurs origines et les histoires qu’ils recèlent, je vous propose alors de plonger avec moi dans ces objets pour déceler ces histoires. Que ce soit un ancien coupe papier travaillé dans une balle, un document autrichien sur une « montagne aux miracles« , une quittance de 1638 ou encore une épreuve d’artiste, ces objets retracent leurs histoires mais également leurs passages dans l’Histoire.

Vous souhaitant d’agréables moments futurs,

Benoît.