Histoires de la Branche KAGENECK

L’une des plus anciennes familles nobles d’Alsace, quatorze membres de cette branche deviennent Stettmeister de Strasbourg entre 1271 et 1718. Je dois cette ascendance à mon sosa 12181, Marie Jacobée von KAGENECK (°11/10/1619 à Colmar +10/11/1675 à Riedwihr). J’ai pu remonter l’essentiel de la branche grâce aux multiples aides de généalogistes et de geneanautes. Ainsi l’ancêtre le plus éloigné de ma branche KAGENECK est un certain Erbo né aux alentours de 1185 à Strasbourg, selon les informations que j’ai pu glaner il était un membre du Grand Sénat de Strasbourg. Les premiers descendants d’Erbo furent des chevaliers du Saint-Empire et des Stettmeister de Strasbourg ; Claus (fils d’Erbo) de 1277 à 1284, Nicolas der Alte (fils de Claus) de 1291 à 1303 et Nicolas le jeune (fils du dernier). Egalement, les KAGENECK prirent une part importante dans la Guerre de Dachstein entre 1419 et 1422 dont l’objectif était de rétablir le pouvoir noble et bourgeois dans la ville de Strasbourg.

Mais dans cet article je ne vais pas prendre chaque génération de ma branche et répéter inlassablement leurs dates et leurs fonctions dans la politique alsacienne. J’ai décidé de choisir trois personnes de cette ascendance qui méritent un développement particulier.

von KAGENECK

Armoiries des von KAGENECK

 

     – Marie Jacobée ; l’exilée de Colmar

Fille du protestant Rudolph Wilhelm (°1586 à Kientzheim +20/06/1621 à Colmar), le Bailli de Hohenlansberg ayant fait ses études de Droit à l’Université d’Orléans, et de la protestante Marthe LINCK von THURNBURG (°26/05/1588 à Colmar +10/11/1675 à Colmar) ; Marie Jacobée était réservée à une vie paisible de la haute bourgeoisie colmarienne. Cependant son destin bascule lors de la Guerre de Trente Ans (1618-1648) qui ravage l’Alsace. A la fin du conflit la région passera sous contrôle français et Louis XIV parvient, à coup de politique fiscale avantageuse, à repeupler l’Alsace grâce aux émigrations suisses. Sa belle-famille héberge alors des militaires français à partir de 1638. Dans cet environnement, Marie Jacobée succombe aux charmes d’Elias MAIPAS, capitaine des mousquetaires, le 20 juin de la même année un enfant illégitime naît de cette relation, cependant ce dernier meurt peu après. Cet événement n’inquiète en rien la situation de la bourgeoise colmarienne.

Cependant Marie récidive en 1640 en mettant au monde un enfant illégitime d’une relation avec Jacques de CLAUSIER, capitaine du marquis de Montausier et vice-commandant de Colmar. Cette naissance fit grand bruit en ville et le scandale éclata. L’acte de naissance du petit Charles porte notamment la mention de « scortum nobile » putain noble pour parler de sa mère. Un châtiment corporel est alors demandé contre Marie Jacobée mais une lettre du Magistrat chargé de l’affaire au Marquis de Montausier étouffa l’affaire en mariant de force mon ancêtre à un militaire champenois, Jean OUDART, on l’oblige de se convertir au catholicisme et elle est contrainte de s’exiler de Colmar. Son beau-père Jean Frédéric von RUST donna à OUDART des terres sur le ban de Riedwihr. C’est dans cette commune que naîtra mon ancêtre Jean Louis UTARD (°28/02/1648 +18/02/1716). Ainsi Marie Jacobée dû renoncer à ses droits bourgeois.

 

     – Johann Friedrich ; le conseiller des SCHWENDI –

Le grand-père de Marie Jacobée né en 1561 à Strasbourg et décédé à Kientzheim le 29 septembre 1608. Avec Margueritte BOECKLIN von BOECKLINSAU (°ca 1565 +1620) il eut deux fils, Rudolph Wilhelm et Hans Wilhelm, dont je parlerai dans un prochain article. Johann Friedrich est principalement connu par son titre de Grand-Bailli de Hohenlansberg, qu’il tient de 1583 jusqu’à sa mort. C’est la famille de SCHWENDI qui le plaça à ce poste. La seigneurie d’Hohenlansberg comprenait les villages viticoles de Kientzheim, Sigolsheim, Ammerschuvihr, Niedermorschyrihr, Katzenthal, Ingersheim, Turckheim, Wintzenheim et Lagelheim. Elle était dirigée par le fils du grand général et diplomate autrichien Lazare de SCHWENDI à savoir Jean Guillaume (°1557 +1609).

Lazare von SCHWENDI (1522-1583)

Lazare de SCHWENDI

Nommé bailli à vie, Johann Friedrich portait alors le titre de « conseiller des SCHWENDI » et bénéficiait de la plus haute considération de son seigneur. A la suite de l’absence continuelle de Jean Guillaume de SCHWENDI (qui vivait à Strasbourg et à Fribourg), il était possible pour le bailli de conduire les affaires à son gré. Il édicta un règlement qui obligeait les bourgeois de Kientzheim à se tenir à sa disposition pour les battues organisées lors des chasses aux lièvres. Egalement sa fonction lui permet d’acquérir à bas prix divers propriétés. Il conforta la fortune familiale, déjà abondante et permet notamment à son fils Rudolph de pratiquer le Droit à l’Université d’Orléans en 1605.

 

     – Arbogast ; le porte-étendard –

Plus loin dans la généalogie ascendante des KAGENECK on retrouve Moritz (°1440 +1496 à Strasbourg) ; reçu chevalier en 1475, peu avant la bataille de Morat. Son frère Arbogast connu un destin tant épique que tragique. Chevalier au service de l’Empereur du Saint-Empire, il dû répondre à l’appel avec son contingent strasbourgeois pour combattre les Suisses dans la Guerre de Souabe en 1499. Le 22 juillet de cette année, les troupes impériales commandées par le Comte Heinrich VII de Fürstenberg (qui par ailleurs est le petit-fils de mon ancêtre le Comte Heinrich V de Fürstenberg), sont aux portes de la place forte de Dornach. Forte de 18 000 combattants, les impériaux étaient certain d’obtenir une victoire décisive. Inférieure numériquement, les Suisses armés de leur courage prirent par surprise les troupes impériales (ces derniers pensaient avoir à faire à des renforts), en difficulté le Comte Heinrich rallie ses troupes d’élite et marche contre cette sortie des confédérés.

Une seconde sortie coûta la vie à de nombreux helvétiques mais aussi à celle du Comte et de ses plus vaillants officiers. La nuit approchant, le victoire semble lointaine pour les impériaux qui aperçoivent des renforts confédérés venus de Zug et de Lucerne. Ces troupes fraîches font vite la différence sur la champ de bataille et les troupes impériales restantes sonnent la retraite. La défense de cette retraite est confiée à de vaillants chevaliers, dont Arbogast. Ce dernier armé de l’étendard de Strasbourg et de ses troupes d’élites ne seront pas épargnés par les troupes suisses et il succombe à leurs assauts avec « bravoure ». Au final les impériaux se retirent des cantons helvétiques et l’indépendance de la Confédération est garantie.

 

 

Sources :

  • AD du Haut-Rhin ; les différents actes NMD/BMS ascendants jusqu’à Marie Jacobée von Kageneck.
  • Les frasques d’une noble colmarienne durant la guerre de 30 ans par Thierry SCHMITT
  • L’Alsace Noble par Ernest LEHR (filiation en partie erronée)
  • Les différents arbres généalogiques des KAGENECK par différents généalogistes.
  • Blog généalogie d’Anne LUDWIG : http://ludwig.over-blog.com/article-18505451.html
  • La Suisse Pittoresque et ses environs par Alexandre MARTIN : passage de la bataille de Dornach
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