Des tranchées d’Ypres à la Gendarmerie d’Alençon

En juillet dernier, ma grand-mère maternelle m’a légué une petite boite appartenant à son grand-père maternel, Paul MAILLARD. Cette dernière contenait des médailles militaires et un petit livret dans lequel se trouvait divers documents, parfois accidentés. La semaine qui suivie, j’ai pris le soin de ranger chaque document dans une feuille plastifiée pour ainsi sauvegarder les informations qu’ils contenaient. Ces documents font référence aux différents pensions militaires que mon ancêtre obtenait au fur des années qui suivaient la Première Guerre Mondiale. J’y trouve aussi sa carte d’Ancien combattant. Le curieux livret se trouve être le livret de gendarmerie de mon trisaïeul, il regorge d’informations comme le récapitulatif de sa carrière militaire et de gendarme à pied, son inventaire d’armement et d’utilitaires, le journal des comptes de ses soldes mensuelles ainsi que ses résultats aux exercices de tir. Ainsi de 1922 à 1926 il fut classé 1ère Classe au tir au revolver et à la carabine.

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Page de garde

Paul Louis MAILLARD est le deuxième enfant de Louis François MAILLARD (21/08/1835 – 01/05/1898) et de Marie Angélique AUMONT (07/09/1844->1901), un couple de cultivateur de Lonlay-l’Abbaye dans l’Orne. Paul, né le 16 novembre 1879 a comme frère ainé François Julien, né le 5 novembre 1877. Tous deux deviennent cultivateurs à leurs tour, à la différence de leur Grand-père paternel, Julien MAILLARD, sabotier décédé à 29 ans, cinq mois avant la naissance de son fils Louis. Incorporé dans le 130e Régiment d’Infanterie le 16 novembre 1900 pour son service militaire obligatoire, il est promu Caporal le 2 décembre 1901. Le 18 octobre 1904 il épouse à Lonlay-l’Abbaye Eugénie BRANDENBERGER, orpheline née à Paris le 14 janvier 1881 de parents mosellans ayant émigrés à Paris suite à l’annexion de la Moselle par l’Empire Allemand en 1871. Un article sera dédié à cette branche familiale. Paul est rappelé dans l’armée active avec son frère François en août 1914, tous deux au 32e Régiment d’Infanterie Territoriale mais non comme unité combattante.

Les deux frères seront séparés en 1915, François sera envoyé au 87e Régiment d’Infanterie, il sera alors mobilisé en Champagne où il participera aux violents combats dans le ravin de Sonvaux en juillet 1915 ou encore la défense de la Woëvre contre les offensives allemandes visant Verdun. Paul lui sera affecté au 74e Régiment d’Infanterie Territoriale. Il se trouve dans le secteur d’Ypres à partir du mois de juin 1915, jusqu’en décembre de la même année il défend sa position contre les pluies incessantes d’obus allemands, des pluies abondantes rendent le terrain boueux et intenable, les boyaux sont inondés. Les allemands lancent une importante attaque le 11 novembre contre la position du 74e, Paul et ses camarades repoussent l’attaque et le 21 novembre, après la visite du Général JOPPE il est fait Sergent. Le 1er juin 1916, le 74e quitte la Belgique. Après divers travaux effectués derrière les lignes jusqu’en 1917, Paul est réaffecté au 418e Régiment d’Infanterie. A l’Hiver 1917 ; il se trouve dans le secteur de Verdun, vers Ornes (bois de La Chaume) et Bezonvaux (bois des Caurrières). Il subit l’enfer, la boue, la neige, les pluies d’obus explosifs et les attaques à l’ypérite. Il parvient à survivre assez longtemps pour postuler au poste de Gendarme dans la 4ème Légion de Gendarmerie.

Paul est nommé gendarme stagiaire le 21 décembre 1917 par décision ministérielle, un adieu définitif aux tranchées, à l’horreur de la Guerre et à une mort certaine. Peu d’informations me sont parvenus sur ce laps de temps entre cette nomination et la fin de la guerre. Ce qui est certain c’est qu’il a prêté serment devant le Tribunal d’Instance d’Alençon (Orne) le 20 mars 1918 et devient officiellement gendarme à pied. A partir de ce moment Paul note dans son livret les dates de ses soldes mensuelles et trimestrielles ainsi que les résultats de ses exercices de tirs. Il ne fait pas mention de ses actions au sein de la 4ème Légion. On peut penser qu’il a du s’occuper de petits délits, peut-être a t-il participé à l’arrestation de criminels ? Je me demande si je peux trouver dans les archives judiciaires des éléments pouvant attester ces théories, peut-être dans un futur proche. Paul pris sa retraire en octobre 1926 et se retira, avec sa femme et ses enfants (dont ma bisaïeule Augustine MAILLARD) à Aubigné-Racan dans le département de la Sarthe. Il y décède le 25 mars 1951. Son frère François est décédé le 14 juin 1948 à Lonlay-l’Abbaye.

Ce livret a eu de la chance de parvenir jusque dans mes mains, les divers successions ont sabrées les biens partagés entre enfants. Maintenant que ces informations ont été numérisées par mes soins je ne me fais plus de soucis pour les générations suivantes qui pourront profiter de ce patrimoine sans retenue.

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Plaques d’identités – Médaille d’Ancien combattant (à droite) – Médaille commémorative, avec barrette d’uniforme (à gauche). Paul a également obtenu la médaille de Valeur militaire non présente ici.

 

Sources :

  • Archives familiales ; livret de gendarmerie
  • AD de l’Orne, fiche matricule militaire de Paul et de François Maillard
  • Recensement population d’Aubigné-Racan et de Lonlay-l’Abbaye
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