Des alsaciens dans l’Ouest ; le départ des SUTTER

Nous sommes en 1937, ma grand-mère paternel descend de la Mathis familiale, elle trouve des maisons lui rappelant sa région natale, l’Alsace ! Elle n’a que six ans mais est parfaitement bilingue, entre le français cela va de soit et l’alsacien qu’elle utilise en famille et entre les amis originaire du Haut-Rhin. Cependant elle n’est pas en Alsace, malgré l’architecture de ces maisons neuves. Elle se trouve entre les communes de Précigné et de Louailles dans le département de la Sarthe, à plus de 700 km de chez-elle. Pourquoi est-ce que la jeune alsacienne a fait ce long périple à travers la France pour se retrouver dans une région inconnue ? Pourquoi abandonner la vie confortable à Buhl ? Elle doit ce changement de résidence à une société alsacienne qui a sentie les prochains jours de la guerre.

Huit ans plus tôt, le dix-septième jour du mois de mai se sont mariés les jeunes Nicolas Charles SUTTER, 22 ans et Eugénie Maria LAPP, 22 ans dans l’église de Guebwiller, une commune au nord de Mulhouse dans le département du Haut-Rhin. Charles est menuisier, fils de Nicolas SUTTER, 42 ans, fileur à Buhl, vétéran de la Grande Guerre (dans l’armée allemande) et d’Anna RITTER, ouvrière d’usine âgée de 41 ans. Durant son adolescence il pratiqua la lutte greco-romaine, il devient Champion d’Alsace, de Lyon et d’Auvergne et obtenu la 3e médaille du Championnat de France. Charles bien que né sous l’Empire allemand a retrouvé sa nationalité française après la guerre de 14-18 comme l’indique les clauses du Traité de Versailles de 1919. La totalité de mes branches alsaciennes choisirent l’Allemagne après le conflit de 1870 et le traité de Francfort du 10 mai 1871. Maria LAPP est bobineuse, fille de Xavier Victor LAPP, 48 ans, graisseur à Guebwiller et de Maria Eugénie HILDWEIN, 49 ans.

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Charles SUTTER, Maria LAPP, Roger, leurs fils & ma grand-mère. Vers 1934 à Buhl, Rue du Neubruck

Rue du Neubruck aujourd’hui

Ils habitent une maison à Buhl, Rue du Neubruck, encore visible aujourd’hui. Pendant ce temps à Richwiller, la Société Alsacienne d’Explosifs (S.A.E ou encore Alsetex) est préoccupée par les intentions belliqueuses du dictateur d’outre-Rhin. Cette société fournit depuis 1920 de l’équipement artificier et chimique pour les départements de l’Est de la France. Elle décide de délocaliser la production à l’Ouest, dans la forêt de Malpaire dans le sud du département de la Sarthe. La société demande alors des volontaires de la région pour aller construire cette nouvelle usine ainsi que les habitations des ouvriers. Des amis de Charles travaillant dans cette société lui ont proposés cette opportunité ; ces mêmes amis ont aidés dans la construction de la maison Rue du Neubruck. Charles accepte, cependant il ne peut emmener sa famille pour le moment, il doit partir seul.

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Les alsaciens pendant la construction du site de Malpaire ; Charles, premier en bas à gauche. 1935

700 km plus loin, Charles et la petite troupe d’alsaciens arrivent dans le petit bourg de Précigné. La société les logent à La Boule d’Or, tenu par l’hôtelier Pierre CROSNIER, 44 ans. C’est Maurice DENIAU, 27 ans qui sert de chauffeur aux frais de la société pour transporter Charles et ses confrères au site de construction dans la forêt de Malpaire à une dizaine de minutes du bourg. Parmi les volontaires on retrouve les amis de Charles ; Xavier SPINNER, 29 ans et Alfred BOURGARDEZ, 27 ans, ajusteurs. Jules THOMANN, 32 ans et sa femme Anna KLEBER âgée de 28 ans, ouvriers. Eugène HAIGY, 25 ans, ajusteur ; Paul DREYFUSS, 27 ans, employé ; Antoine BECK, 26 ans, contremaître. Egalement Joseph GLASS, 26 ans, un comptable de Colmar qui résidait dans le bourg même et non pensionnaire à La Boule d’Or. On compte parmi les alsaciens de Malpaire des italiens venus de Travedona en Lombardie ; notamment Carlo BINA, 43 ans et ses frères Jean et Bonaventura, tous deux 33 ans.

En une année le site est construit, un petit complexe de plusieurs ateliers, une cheminée est encore visible aujourd’hui au sein de l’entreprise Mecaplast. Les habitations également. Dans un style rappelant l’Alsace, des maisons blanches aux toits rouges. Charles en tant que menuisier s’est occupé des charpentes, utilisant sa fière varlope pour affiner ses ouvrages de bois . La Cité d’Alsace accueil donc les ouvriers de la société Alsetex. Charles devient alors contremaître, il occupe l’une de ces maisons qu’il  a construit de ses mains ; sa femme et ses enfants le retrouve, une nouvelle vie commence ! Encore aujourd’hui quand je foule la Cité d’Alsace, qui n’a pas changé depuis 81 ans, à part bien sur le parking de Mecaplast qui a remplacé une partie de la forêt, je retrouve mon arrière grand-père qui était sur ces toits en constructions, j’imagine ces alsaciens éloignés de leur province natale à parler dans leur langue, à partager leur culture commune dans une province étrangère. Pourtant, cette nouvelle vie en dehors de la Plaine sera de courte durée pour les SUTTER… A suivre.

Sources :

  • Archives familiales ; récit et photographies
  • Archives départementales de la Sarthe, Recensement de Précigné année 1936, Cote 2 Mi 289_57
  • Historique de la Société Alsacienne d’Explosifs, site de la Commune de Précigné [http://precigne.com/index.php?option=com_content&view=article&id=44&Itemid=121]
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Saut à Montsoreau

Dimanche 14 août 2016, réveil à 6h, départ trente minutes plus tard. Je programme un itinéraire, 86 km, plus d’une heure de trajet. Où vais-je ? Aux puces de Montsoreau ! Au sud de Saumur, à côté de l’abbaye de Fontevraud, escale de choix pour les particuliers avertis et les brocanteurs de la région. Mon GPS m’indique une arrivée imminente, je prends un pont et je découvre Montsoreau..

Le pont étroit en poutres en treillis datant de 1917 laisse apercevoir entre lesdites poutres le visage d’un bourg au bord de la Loire et d’un château typique de la région. L’émerveillement intensifié par le soleil du matin. Puis la vue de pans de falaises, dans celles-ci des ouvertures comme des fenêtres, quelques maisons, habités ? Je laisse la falaise derrière moi pour trouver une place en amont du centre ville. Il était quasiment 8h et les exposants étaient sur le pied-de-guerre pour placer leurs étales et trésors. A l’extrême-ouest des puces, une fine odeur de poisson a jailli, je m’approchais des quais. Car oui, la spécialité des puces de Montsoreau est son périmètre d’activité, ses quais aux pavés irréguliers.

Je commence ma première expédition entre les exposants déballant leurs curiosités, je remarque des objets en cristal, des tableaux (mais depuis la saison dernière, fructueuse en tableaux et gravures je me résigne à me laisser déborder par la tentation), du mobilier ancien. J’aperçois enfin des anciens ouvrages, un domaine devenu passion pour ma part. Plusieurs XIXe, quelques XXe. Je repars avec un exemplaire de L’Esprit des Lois de Montesquieu, édition 1886 en bon état, malgré le fait que ce ne soit pas une édition d’origine de 1748, l’ouvrage était sur ma liste depuis qu’un professeur de droit de première année nous avait expliqués la comparaison avec le régime anglais.Je pars également avec un ouvrage lourd et épais, La guerre russo-japonaise par les récits d’un témoin oculaire, rare en soit l’ouvrage est contemporain avec le conflit (1904) et disposes de nombreuses gravures et photographies d’époques, il rejoindra ma bibliothèque !

Je retourne à mon véhicule, dépose mes nouvelles acquisitions puis retour aux puces. Cette fois les exposants ont terminés leurs déballages et le nombre de trésors sur les étales est devenu conséquent. Encore des anciens ouvrages, mais les sujets n’ont pas allumés mon étincelle de curiosité, ou le prix ne me convenait pas (il faut dire le dire je suis dur en affaire). Au détour d’une étale une vitrine, dans celle-ci d’innombrables babioles, mais je remarque ce qui peut s’apparenter à une écriture en Fraktur, je demande à voir et je découvre une petite pochette de cartes postales sur des gravures du Vieux Strasbourg, excellent ! Dans cette pochette une carte postale datant de l’époque allemande (1871-1918), assez rare dans cette région de la Loire si éloignée de la Plaine. Ce brocanteur me présente alors ces paquets de cartes postales, je repars avec quinze d’entre-elles, certaines non écrites présentes des scènes de la grande-guerre (ravitaillement, caserne), l’une des cartes écrites a comme support une carte allemande d’après-guerre !

Sur une énième étale je suis intéressé par une babiole à l’effigie de l’Empereur Napoléon Ier, totalement néophyte dans ce domaine l’exposant, expert en portraits miniatures m’explique en détail l’univers de ces miniatures, véritables photographies pour nobles et châtelains d’Ancien-Régime, la pratique s’éteint peu à peu pour laisser sa place à la photographie mais s’exerce pour les reproductions d’ancienne miniatures. Je repars donc avec ladite miniature datant du fin 19e, les plus prisées sur le marché sont antérieurs à la Révolution mais leurs prix se comptent à partir de 300€.

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Sur le chemin du retour je me suis arrêté près de ce pan de falaise qui m’avait tant émerveillé lorsque je suis arrivé, il s’avère qu’on ne peut accéder aux hauteurs présentant des habitations en pierres blanches, je réussi cependant à trouver un petit chemin qui menait à une cave à vins enfouit sous ladite falaise, le panorama y était renversant.

A très bientôt Montsoreau !

Nouvelle branche !

Willkommen, bienvenue sur ce nouveau blog dédié au partage de mes recherches généalogiques et patrimoniales ! Je me présente, Benoît Moreau, alsacien de 20 ans, grand passionné d’Histoire, de sauvegarde de patrimoine et bien évidement de généalogie. J’aime partager mes connaissances avec autrui et ce partage j’y réfléchis depuis quelques temps, quel format ? Youtube ? J’y ai pensé mais au final l’écriture me passionne d’avantage que le montage vidéo. Quel sujet ? La généalogie certes mais il me manquait quelque chose pour ce partage de connaissances, un deuxième sujet qui me passionne autant, les petites histoires qui entourent des objets et récits de patrimoines que je chine en vides-greniers et brocantes. C’est ma passion du passé qui m’a poussé à me lever chaque dimanche matin et partir chiner dans ma région, je retrouve des objets anecdotiques mais portant en leurs seins une histoire singulière qui, dans un contexte historique, soit imprégnée de mémoire, c’est cette mémoire que je préserve en partageant cette connaissance.

Des branches alsaciennes aux branches de l’Anjou et du Maine

Mes articles correspondant à ma généalogie ascendante retraceront les différentes branches et les différentes histoires que mes aïeux ont vécus. Bien que je me limite aux générations antérieurs au XXème ; j’hésite à vous parler de certaines choses que ma famille a vécu durant la première moitié du XXème siècle (Alsace allemande, Exode, Occupation). Je me déciderai selon vos retours.

Vous allez voyager à mes côtés, mes origines éclectiques passe de l’Alsace avec les branches SUTTER (Oberhergheim), RITTER (Lautenbach), LAPP (Guebwiller) et HILDWEIN (Bohême) ; la Mayenne avec les branches MOREAU (Athée) et CHAUSSIS (Placé) ; la Sarthe avec les branches COURTOGIT (Joué-en-Charnie) et VAIDIE (Courcelles) ; l’Orne avec la branche MAILLARD (Lonlay-l’abbaye) ; les Ardennes avec la branche GILLET (Boulzicourt) et enfin la Moselle avec la branche BRANDENBERGER.

Objets d’histoires

Toutes mes trouvailles de vides-greniers et de brocantes cachent leurs origines et les histoires qu’ils recèlent, je vous propose alors de plonger avec moi dans ces objets pour déceler ces histoires. Que ce soit un ancien coupe papier travaillé dans une balle, un document autrichien sur une « montagne aux miracles« , une quittance de 1638 ou encore une épreuve d’artiste, ces objets retracent leurs histoires mais également leurs passages dans l’Histoire.

Vous souhaitant d’agréables moments futurs,

Benoît.